Aliéné(e), toi-même!

Dans le désormais classique débat sur la stratégie de la renaissance africaine et, notamment sur l’aspect de la religion, Il est commun de considérer ceux qui souhaitent maintenir la continuité avec la Tradition abrahamique, comme «aliénés ». Ainsi tout refus de rupture franche avec l’existant qu’ils soient économique, politique ou social est vu comme un manque d’éveil de conscience si ce n’est de la traîtrise.

Concernant le nouveau type de spiritualité à suivre dans ce mouvement d’émancipation, la religion dite africaine recueille en son sein un ensemble de déçus des dogmes exogènes hérités au cours de l’histoire. La valeur refuge devient alors la pléthore des traditions ancestrales dont il peut être parfois difficile de définir un socle commun. Cela est toutefois justifié par un souci de préservation et de restauration de notre patrimoine en ce domaine. Là où le bât blesse quelque peu, c’est que l’on n’est pas sûr que dans ce processus, la foi, qui est l’élément essentiel pour réunir autour d’une pratique rituelle, ne soit pas délaissée pour la rébellion intellectuelle et identitaire.

Le but de ce propos n’est pas forcément de jeter l’anathème sur ceux qui fournissent des efforts pour faire émerger cette religion africaine. Seulement, il est bon de garder à l’esprit que pour préserver la liberté d’adhésion, le choix d’alternatives qui privilégient une continuité avec la succession de révélation qui ont marquées les peuples, les époques et les espaces a sa légitimité. En effet, l’humanité évolue et atteint un degré de maturité qui nous fait dire que l’autodéfinition en matière spirituelle est mûre pour passer à l’avènement de philosophies personnelles et bien guidées. De fait il n’y a plus aliénation lorsque le chercheur en spiritualité s’adonne à sa quête en démêlant le vrai du faux et surtout en édifiant sa foi par les expériences de vie de grands maîtres (tous horizons confondus) qui ont manifesté une voie de rayonnement de la lumière divine sur Terre.

Vouloir le rétablissement de la Vérité dans le continuum des sensibilités spirituelles est un effort global, à appeler de nos vœux et qui concerne chacun des serviteurs de Dieu et fait intervenir la Correction des falsifications et autres pièges de manipulation interne ou externe au courants spirituels. Rien à voir, alors, avec la remise en cause de la grande Tradition qui véhicule la même loi universelle à l’humanité et qui prouve, à bien des égards, la constance de Dieu. Ce serait autrement jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est une autre forme d’ignorance que de laisser l’orgueil et le ressentiment voiler l’éveil d’une conscience car alors apparait, hélas, une réelle et plus grave aliénation : celle de l’égo.