Sous l’arbre du pâle Labeur

Les grands et très grands chefs vivants au dessus du reste de leur corps, se réunirent en grande pompe autour du vieux Baobab qui les avait tous vu naitre et perdre la tête. Le moment était grave et le problème sérieux : où trouver assez à manger pour eux et pour les constants invités ?

Les greniers étaient presque vides, les parents des invités n’envoyaient plus la pension aussi souvent, le maïs plantés ne produisait plus aussi vite et les graines rebelles, échappées au gré du vent, ne revenaient plus se poser sur le sol pour y germer; enrichies. C’était dur !

Ils avaient bien essayé de changer d’invités. Les nouveaux contribuaient un peu plus aux tâches ménagères avant de proposer leurs propres produits nettoyants, décapants et bon marché mais pour un liquide, informel et local, saké. Mais toujours avec le sourire. Les premiers voyant le risque de quitter la chambre d’amis pour la natte du corps de garde, jurèrent de dévoiler toutes les infidélités des chefs au grand jour. Au final, baisers d’amis, réconciliation, chambres doubles, mais toujours rien à manger. L’hospitalité devient une tradition pesante.

Les cultures encore pas assez matures ni génétiquement modifiées se laissaient bercer par leurs vents. Les innovations et réajustement de col ou de tirs ne semblait pas avoir grand impact : programme BM-w comme tracteur pour chants de laboure, partenariats éternels pour régner en armes et conséquences sur la conscience des jeunes pousses; un arrosage de FMI-cide pour  les fourmillements du souterrain et autres parts à sites; le « N’y est pas » version tropicale du Thinkpad de l’id. BM pour tout développer mais en projet, sans oublier ce rêve de tasse mini à fric pour coordonner les battú (Mais enfin ! Pour l’Union, voyons grand !). Le plus décevant reste l’un, « Terre nette », dont le flot devait irriguer encore plus le sol pour le fertiliser. Hélas, des rigoles se créaient pour recueillir le précieux liquide et enraciner l’ivraie dans les champs désormais étouffés et résignés. Auto-suffisants et « Ali menteurs », les chefs n’y voyaient qu’un léger problème technique que l’un des invités règlerait solidairement avec une propension à tout réparer. Pensions en vue !

La communauté des invités s’inquiète tout de même. A force de penser et de panser pour nous, on a raté « l’histoire » ou, disons, plusieurs de leurs épisodes. Alors le scénario change : on dirait que les grands chefs et les très grands chefs deviendraient les méchants, Les invités seraient les amis des cultures locales seulement. On grefferait des souches de qualité pour en faire des invités culturels exemples de graines modifiées. A la place des grands chefs, des plus petits, qui cacheraient moins le soleil mais feraient toujours de l’ombre aux cultures (c’est épouvantail!). Il ne faut pas qu’elles grandissent trop vite, elles pourraient nous dépasser. La Réforme passerait alors comme une série brésilienne culte dans un composte télévisé. Comment alors continuer à manger avec ces invités qui changent de jeu, de visage, de mondiale aliénation, de fonds de pension… C’est la crise ! On a faim !

Les chefs prennent la parole, tour à tour, Joe Hodo, Yovo Vivi et  Chinois Vivi (ce sont des cousins), Ago Kèlè, Midou Gbè, Mi Wazo, Evo Bi, Adan Gbo Mi… tous de beaux palabreurs mais pas une seule solution concrète.

Alors la Voix du vieux Baobab se fit entendre :

« Chefs de ce monde, il est temps de prendre soin de vos cultures car vos invités les déracinent pour mieux les manipuler et souiller le sol ancestral. Que vos têtes rejoignent votre corps pour diriger et non se repaitre. Peu d’entre vous n’ont la dignité d’être invité ailleurs. Comment espérez-vous alors promouvoir vos cultures ailleurs ? Leur mondialisation est un « chacun pour soi » où ils s’allient pour dominer et où vous vous mettez en dépendance pour une nouvelle ère d’esclavage. Nous, Baobab, nous voyons passer les saisons et les générations. C’est pourquoi il est temps de faire quelque chose pour cette terre dont nous serons fiers de transmettre l’histoire selon la voie de notre tradition. Il n’y a plus d’invités maintenant, plus de pensions méritées mais des concurrents habiles et rusés. Relève tes cultures, arrose les, mets des guides sûrs et sages ainsi que des épouvantails pour les nuisibles. Ménage ton sous-sol et les fruits seront abondants pour vous tous, unis. L’heure de la conquête a sonné, ceins toi la hanche, bande ton arc au cas où, mais accroche toi à ta charrue. Tu devras produire de l’intelligence, de la fierté, de la santé, de la richesse. A la naissance on ne nous mettait pas dans des berceaux loin du maternel mais au contact de la chaleur humaine de nos parents et de nos ancètres. Notre terre n’est pas simple relique de l’humanité mais bien la Vie des origines. Cessons de nous faire bercer par cette humanité artificielle et intéressée qui nous aime endormie. Comme notre Mère nous a mis au dos pour travailler, mettons-nous en marche, portant le fruit de nos efforts et en Lui tenant fermement la main afin qu’Elle traverse les siècles, sans cannes, ni affaissement, le regard haut vers notre Créateur qui a eu, un jour, un projet pour chaque peuple. L’heure a à nouveau sonné pour notre peuple »

Qui que tu sois, où que tu sois, lève-toi et bats-toi dès maintenant !