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LA FAMILLE

La famille, dans sa plus simple expression, comprend l’homme, la ou les femmes et les enfants.

Les femmes s’occupent de quelques petits travaux domestiques ; à leur compte personnel, elles font le commerce de friandises, de denrées alimentaires, de grains, etc. ; elles s’occupent à tour de rôle de la cuisine de leur mari et prennent respectivement soin de leurs enfants. Ceux-ci, arrivés à un âge assez fort, prêtent leur concours d’après leur sexe, à leur père ou à leur mère ; les parents ne les considèrent pas comme leur propriété exclusive et ne se déterminent à les envoyer en apprentissage, à les marier, à leur faire entreprendre un long voyage, à leur faire subir un traitement médical de quelque importance… qu’après en avoir référé aux grands-parents, aux oncles, aux tantes…

C’est une erreur de se figurer l’homme, dans la famille dahoméenne, comme jouissant seul de tous les droits, pourvoyant seul à tous les besoins matériels de la femme — et la femme, comme une sorte d’automate mené au doigt et à l’œil. Excepté le cas des épouses morganatiques des princes d’Agbômê, dont la situation est voisine de l’abjection, la condition de la femme dahoméenne n’a rien de comparable avec celle de l’esclave ou de la femme de l’Afrique du Nord. La femme partage également la vie avec son mari, blâme ou loue ce dernier et — puisqu’il faut appeler les choses par leurs noms — en vient aux mains avec lui : autant de droits que l’esclave ignore ! Certains allèguent comme indice de l’abjection de la femme son attitude agenouillée en présence de son mari. L’enfant aussi se tient à genoux devant son père ; ce père lui-même fléchit les genoux devant le chef de la collectivité familiale… Au Dahomey, le fléchissement des genoux est une marque de politesse comme une autre. Que la femme sans son mari soit incapable de pourvoir à ses propres besoins, le contraire est, le plus souvent, l’expression de la vérité.

Toutes les familles qui portent le même nom se groupent en Hen-nou (collectivité familiale) et se donnent un Hen-nou-gan (chef de collectivité). Le Hennou-gan porte comme insigne un sceptre de juridiction et s’asseoit sur le siège vénéré des ancêtres. Il peut être en âge mineur ; quelques grands de la famille exercent alors la régence.

Du moment que le chef de collectivité occupe la place d’un ancêtre, qu’il soit grand ou petit, il devient l’objet d’une grande déférence et acquiert des droits très étendus : on lui parle à genoux ; les grands ne l’abordent que la tête découverte et le torse dénudé. Dans plusieurs familles, il lui appartient de désigner aux jeunes filles de toute la collectivité des fiancés choisis ordinairement dans le Hen-nou afin de « ménager la perpétuité du nom » (Blô houé dô).

Le Hen-nou-gan a le devoir d’entretenir les tombes familiales, de pourvoir au culte des ancêtres et de veiller aux intérêts généraux de la collectivité. Il demeure dans la maison familiale non loin des tombeaux ancestraux.

C’est un administrateur de biens collectifs ; comme tel, il est soumis au contrôle des principales sommités de la famille. Le mécontentement vis-à-vis de son administration peut provoquer sa destitution ; sa nomination ne lui garantit aucune inamovibilité, elle ne lui octroie pas davantage le droit à la désignation d’un successeur. Le droit pour un simple administrateur de biens profectifs et collectifs de léguer à ses enfants une position qu’il doit à la volonté libre et révocable d’une collectivité dont les éléments sont toujours vivants offenserait le sens commun et la vérité est qu’il n’a jamais existé. Si les « Dadas » se succédaient d’après le principe To-kou-nou-vi-so, ils avaient acquis leur royaume par la violence et se considéraient comme les « propriétaires » du Dahomey. Le chef d’une collectivité n’est pas un propriétaire. Donc, parlant de succession de père en fils, il ne faut pas confondre : on parle d’un père de famille qui jouit de quelque influence dans l’ensemble de la collectivité et qui peut, à sa mort, désigner un de ses fils pour le remplacer, pour porter son nom et continuer son rôle d’assistant ou de conseiller auprès du chef de la collectivité.

Extrait de: Au Pays des Fons, Us et Coutumes du Dahomey, Maximilien Quenum, Maisonneuve et Larose, 1999

(Disponible au format eBook sur Amazon Kindle)

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