Moussa Nabati, Le Bonheur d’être soi

L’amour!

«Ils se marièrent. Ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants.» C’est ainsi que se terminent les histoires d’amour à l’eau de rose, dans les livres ou sur les écrans de cinéma, et les contes pour enfants. Cependant, les vraies histoires de couple ne commencent qu’après le mariage, une fois passé le coup de foudre de la première rencontre et décrochés les lampions de la fête. Mais pourquoi certains coulent-ils une vie conjugale heureuse, dans la complicité et le dialogue, alors que d’autres la passent dans l’incommunicabilité et l’insatisfaction ? Pourquoi l’union a priori si naturelle et si simple entre l’homme et la femme se transforme-t-elle parfois en gageure, voire en impasse ? Ici aussi c’est l’enfant intérieur qui préside à la destinée du couple et à son bonheur.

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L’enfant intérieur se comporte en effet en ange gardien, producteur de bonheur, lorsque l’adulte est parvenu à devenir lui-même, jouissant d’une intériorité propre et d’une autonomie psychique, à distance de la culpabilité et de la DIP*, consécutives à la carence narcissique enfantine. Dans le cas contraire, il agit en démon pour contrecarrer l’épanouissement de la vie sexuelle et amoureuse de l’adulte qui en est porteur. Celui-ci ne pourra, de toute évidence, aimer l’autre sexe en étant porté par le désir d’entrer en relation avec lui que s’il s’aime et s’il accepte son corps sexué. Or cela n’est possible que s’il a été désiré dans son enfance, pour ce qu’il était, dans son corps de fille ou de garçon. L’«enfant accident», non désiré, victime de désamour, ou l’« enfant bouche-trou », conçu pour remplacer un cadet décédé, éprouveront certaines difficultés à vivre, à travers une bonne image d’eux-mêmes, des relations d’amour heureuses. Ils seront touchés par la DIP et par la culpabilité d’avoir été rejetés, négligés.

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Certains croient que s’ils n’aiment pas leur corps et la sexualité, s’ils ne se trouvent pas « bien dans leur peau», c’est en raison d’une disgrâce réelle – une forte corpulence, un nez tordu, une poitrine minuscule ou proéminente. Ils se laissent donc charcuter complaisamment par le bistouri du chirurgien ou s’imposent des régimes alimentaires draconiens et masochistes dans l’espoir de remodeler certaines parties de leur corps. Ils s’épuisent au fond à faire correspondre la réalité de leur corps à une norme, à une image idéale commerciale. Cependant, un défaut physique, qu’il soit réel ou imaginaire, n’est jamais à l’origine de la mauvaise image de soi. Celle-ci provient de la DIP, consécutive à une privation narcissique subie par l’enfant intérieur, à un manque d’amour maternel. Quand on s’aime et qu’on s’accepte, on se trouve beau et bon! Pour ces motifs, l’adulte privé de confiance en lui, doutant de sa beauté et de son intelligence, s’arrange inconsciemment pour se retrouver de façon répétée dans des contextes d’échec, de rupture sentimentale et de solitude. Il lui sera évidemment impossible de prévenir ces souffrances ou d’y remédier sur le mode réel, concret, en appliquant telle recette, ou en pratiquant telle activité sportive. Des millions de personnes se laissent berner, depuis quelques décennies, par des illusions semblables. Ils contribuent, sans le savoir, à l’enrichissement et au bonheur des marchands de yaourts et de pommades ! L’épanouissement de la relation amoureuse, l’ingrédient essentiel du bonheur, dépend en outre de l’acceptation par chacun de la différence des sexes et des générations, mais surtout des psychismes, des personnalités, des façons d’être au monde dissemblables.

*Dépression Infantile Précoce

Extrait de: Le Bonheur d’être soi, Moussa Nabati, Librairie Arthéme Fayard, 2006.

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