Omar Bongo, Vingt ans de Rénovation

L’économie politique : une question de bon sens

Il ne s’agit pas, pour nous Gabonais, de chercher à définir « à priori » un régime politique et économique quelconque, qui ne serait d’ailleurs, comme c’est presque toujours le cas, qu’un replâtrage de systèmes appliqués dans d’autre pays; ce que nous voulons, c’est bâtir un État et pratiquer une politique qui soit en harmonie avec le milieu sociologique environnant. Or le milieu sociologique sociologique est différent dans les pays en voie de développement de ce qu’il est dans les pays développés et il est différent au Gabon de ce qu’il est dans de nombreux pays, en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Je m’explique : dans la plupart des pays en voie de développement, le grand problème est de faire vivre, c’est-à-dire de nourrir suffisamment, une population qui s’accroît plus vite que ne se développe la production agricole de ces pays. Au Gabon, le problème de nutrition comme celui de l’emploi ne sont pas alarmants; ce qui importe au premier chef, c’est de favoriser l’exploitation des ressources naturelles et d’améliorer les voies de communication, autrement dit, d’entreprendre de grands travauxdont les effets divers profiteront à la population tout entière. Au Gabon, si la population doublait dans les vingt années à venir, ce que je souhaite, le niveau de vie, prévisible n’en serait pas affecté, peut être même serait-il amélioré. Dans de nombreux pays en voie de développement, si une telle éventualité se réalisait, les conséquences pour toute une population seraient catastrophiques. Compte tenu de cette situation particulière nous devons adopter une attitude politique qui soit adaptée à nos valeurs propres et aux exigences de notre développement. Cette attitude, je me refuse à la couler dans un moule et à lui appliquer une étiquette qui conduirait certains observateurs – toujours bien intentionnés, cela va sans dire!! – à la rattacher à telle ou telle grande tendance politique qui se manifeste dans le monde et dont nous serions ensuite plus ou moins prisonniers.

Le libéralisme économique est pour nous une simple question de bon sens. Nous devons réaliser, dans un délai raisonnable de quelques années, disons avant 1975 ou 1980, un certain nombre de grands projets industriels et miniers dans les effets d’entrainement prévisibles sur l’économie du pays sont essentiels au développement du Gabon. Or, il est clair que l’État, bien qu’il soit appelé par la force des choses à jouer un rôle déterminant d’impulsion, d’orientation et de contrôle, est loin d’avoir les moyens d’assumer la totalité du « fardeau » financier qu’implique cet ensemble de réalisations. Nous devons donc faire appel, non seulement à l’aide d’organismes internationaux, comme cela a été le cas pour le port, mais encore à l’aide de pays industrialisés amis et au concours de banques et sociétés privées. C’est même là une des tâches essentielles, et non la moins ardue, du gouvernement.

Dans cette perspective, tous ceux qui nous font confiance en investissant au Gabon sont assurés de trouver auprès des autorités, un accueil amical et compréhensif et un souci d’équité et de dignité, à notre œuvre de progrès et de développement. Cette liberté n’est pas seulement garantie par les textes qui protègent la propriété privée, elle a reçu une concrétisation décisive avec notre Code des Investissements, un des plus libéraux d’Afrique, qui prévoit des régimes préférentiels douaniers et fiscaux en faveur des entreprises qui coopèrent à la mise en valeur du pays et qui garantit le libre rapatriement des bénéfices.

Car s’il est juste que notre pays soit le premier bénéficiaire du développement de son économie, il est également équitable que les investisseurs retirent une juste rémunération des capitaux immobilisés sur notre territoire. Dans ce domaine, nous collaborons efficacement avec tous les hommes de bonne volonté, à la seule condition qu’ils s’abstiennent de tout ingérence dans nos affaires intérieures ou n’adoptent des attitudes inconciliables avec notre indépendance ou notre souverainenté.

Omar Bongo
« Gouverner le Gabon »

Extrait de Omar Bongo, Vingt ans de Rénovation, sous la direction du Dr M.E. Chambrier-Rahandi, Éditions du P.D.G.

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